Auguste Herbin, la majesté de la peinture

Exposition en coursDu 13 octobre au 17 décembre

Auguste Herbin a été le grand maître de l’abstraction géométrique en Europe, de
1945, au lendemain de la Libération, à 1960, date de sa disparition. Cette période
fut la plus accomplie de tout son œuvre commencé au début du XXe siècle dans
la suite du pointillisme, poursuivi avec le fauvisme puis le cubisme dont il a été
avant 1914 l’un des représentants majeurs.

Les tableaux que peint alors Herbin, strictement abstraits, composés de formes
géométriques simples et vivement colorées, qui sont disposées dans le plan et
réparties à l’intérieur d’une grille orthogonale, s’imposent par l’équilibre donné
dans leur structure, le rythme de leur composition, les rapports entre leurs formes
et leurs couleurs, leur exécution parfaite et, ce qui est important, leur frontalité.

C’est le privilège de la galerie Lahumière de pouvoir offrir dans cette exposition un
choix de 10 tableaux peints de 1948 à 1957 parmi les plus représentatifs de cette
période, dont la célèbre composition Vendredi II de 1951, qui a été vue dans le
monde entier après sa première présentation dès cette même année au Salon des
Réalités nouvelles à Paris, puis reproduite dans de nombreux ouvrages comme
exemple de son art.

Auguste Herbin a alors codifié son langage, sans que l’on puisse le qualifier de
système : il a défini un vocabulaire associant les formes et les couleurs et mis au
point une grammaire, c’est-à-dire une manière de les assembler, qu’il intitule
« Alphabet plastique », dont il publie en 1948 les principes dans son livre L’art non
figuratif - non objectif (Paris, Édition Lydia Conti). À partir d’un thème, un nom, une
lettre, un chiffre, il compose ses tableaux en s’appuyant sur sa théorie : largement
fondée sur la recherche d’un langage universel, elle est destinée selon lui à être
comprise et susceptible d’être utilisée par tous. Ses compositions sont
minutieusement étudiées à partir du dessin tracé à la règle et au compas, annoté
avec précision pour le choix des couleurs avant d’être traduit à la gouache en petit
format, puis exécuté à la peinture à l’huile sur la toile au format choisi
généralement de belle taille.

C’est ce que montre la galerie Lahumière dans sa présentation où le tableau
définitif se trouve ici accompagné de son dessin préparatoire et de son étude à la
gouache. Cette réunion est riche d’enseignements car elle fait bien apparaître dans
le calcul rigoureux qui gouverne chaque œuvre la part d’improvisation qui
subsiste : tout est ordonné, mais tout peut être changé selon la sensibilité, l’œil de
l’artiste et, pourrait-on dire, selon son inspiration, si un tel mot n’était pas impropre
dans ce contexte. La place des cercles, des demi-lunes, des triangles, des carrés,
leur proportion, leur couleur peuvent être modifiées, du dessin à la gouache puis
au tableau. Ces changements vont du format vertical à celui horizontal pour le
tableau A de 1955 ; ils portent sur des points précis pour le tableau Noël de 1949
où les éléments passent de gauche à droite, sont étirés dans la hauteur
et leurs proportions modifiées. Peu de variations en revanche pour la peinture Été
de 1952. Quant au magnifique tableau Parfum II de 1954, sa composition a gagné
en netteté, toutes les formes étant bien détachées par rapport à la gouache qui
apparaît in fine plus confuse.

Où l’on voit une pensée à l’œuvre. Où l’on côtoie le processus de la création. Où
l’on découvre que dans l’art le plus contraint, il y a place pour le changement.

Auguste Herbin a exercé à cette époque si riche en événements artistiques dans le
monde une influence considérable : ses tableaux en sont à l’origine, forts de leur
majestueuse présence. Les théories de l’artiste ont aussi beaucoup compté et son
livre lu, commenté et son contenu interprété. Sa personnalité enfin a joué
indéniablement un rôle, affirmé au sein du Salon des Réalités nouvelles dont il était
l’animateur, ainsi que l’accueil qu’il réservait aux jeunes artistes venus lui rendre
visite.

Plus que ses disciples tel Henri Lhotellier, ils sont nombreux les artistes qui à partir
de son œuvre ont su trouver leur voie et devenir à leur tour de grands créateurs,
en France, Belgique, Allemagne, en Scandinavie et jusqu’en Islande. Aurelie
Nemours, Jean Dewasne, Carlos Cairoli, Georges Folmer, Vera Molnar, Nicolas
Schöffer, pour citer en France quelques-uns de ces principaux artistes parmi
lesquels figurera à partir de 1960 Victor Vasarely lui-même quand il créera son
propre « Alphabet plastique ». Geneviève Claisse, sa nièce et qui fut son assistante
dans la dernière année de sa vie, saura par la suite développer son art de façon
personnelle et très variée. En Belgique Jo Delahaut, en Allemagne Günter
Fruhtrunk, en Suède Olle Baertling, en Finlande Lars-Gunnar Nordström, en
Islande Erikur Smith sont les noms qui s’imposent parmi les grands artistes de
l’époque, la peinture de Baertling par exemple représentant bien l’équivalent
européen de celle des artistes nord-américains contemporains parmi lesquels il
faut citer - enfin ! - le nom de Carmen Herrera.

La liste est impressionnante et elle ne s’arrête pas : dans la génération suivante, ce
sont Alejandro Otero, Jean Tinguely, Pol Bury, Yaacov Agam, les membres
d’Equipo 57 qui doivent être mentionnés et deviendront les chefs de file de l’art
cinétique.

Peut-on ignorer Auguste Herbin, l’une des gloires de l’art français ?

Serge Lemoine
Le 3 août 2022

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